mercredi, 04 janvier 2006
Illusions?
"… Illusions ! vaines images ! "
Nous dirons les tristes leçons
De ces mortels prétendus sages
Sur qui l'âge étend ses glaçons ; "
" Le bonheur n'est point sur la terre,
Votre amour n'est qu'une chimère,
Votre lyre n'a que des sons ! "
Ah ! préférons cette chimère
A leur froide moralité ;
Fuyons leur voix triste et sévère ;
Si le mal est réalité,
Et si le bonheur est un songe,
Fixons les yeux sur le mensonge,
Pour ne pas voir la vérité....
Gérard de NERVAL
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dimanche, 01 janvier 2006
Voeux
"...Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir
et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer
Et d'oublier ce qu'il faut oublier.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d'oiseaux
au réveil
Et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de résister à l'enlisement,
à l'indifférence,
aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite surtout d'être vous."
Jacques Brel
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mardi, 01 novembre 2005
Le soleil s'est couché ce soir
Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !
Tous ces jours passeront; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.
Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.
Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !
(Recueil : Les feuilles d'automne) Victor Hugo
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lundi, 08 août 2005
Le Guignon
Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage!
Bien qu'on ait du cœur à l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court.
Loin des sépultures célèbres,
Vers un cimetière isolé,
Mon cœur, comme un tambour voilé,
Va battant des marches funèbres.
Maint joyau dort enseveli
Dans les ténèbres et l'oubli,
Bien loin des pioches et des sondes;
Mainte fleur épanche à regret
Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes.
Baudelaire
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vendredi, 08 juillet 2005
Poètes Arabes

Extrait de "La Raison et La Passion" (le Prophète)
« …Votre raison et votre passion
sont le gouvernail et les voiles
de votre âme qui navigue de port en port.
Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent,
vous ne pouvez qu'être ballottés et aller à la dérive,
ou rester ancrés au milieu de la mer.
Car la raison, régnant seule,
est une force qui brise tout élan ;
et la passion, livrée à elle-même,
est une flamme qui se consume
jusqu'à sa propre extinction… »
Khalil Gibran
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vendredi, 01 juillet 2005
Inventaire

une triperie
deux pierres trois fleurs un oiseau
vingt-deux fossoyeurs un amour
le raton laveur
une madame untel
un citron un pain
un grand rayon de soleil
une lame de fond
un pantalon
une porte avec son paillasson
un Monsieur décoré de la légion d'honneur
le raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu'on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un carnaval de Nice
une chaise trois dindons un ecclésiastique
un furoncle une guêpe
un rein flottant
une douzaine d'huîtres
une écurie de courses
un fils indigne
deux pères dominicains
trois sauterelles un strapontin une fille de joie
trois ou quatre oncles Cyprien
le raton laveur
une mater dolorosa deux papas gâteau
trois rossignols deux paires de sabots cinq dentistes
un homme du monde
une femme du monde
un couvert noir deux cabinets
deux petit'suisses un grand pardon
une vache un samovar
une pinte de bon sang
une monsieur bien mis un cerf volant
un régime de bananes une fourmi une expédition coloniale
un cordon sanitaire trois cordons ombilicaux
un chien du commissaire un jour de gloire
un bandage herniaire
un vendredi soir
une chaisière un œuf de poule
un vieux de la vieille
trois hommes de guerre
un François premier
deux Nicolas II
trois Henri III
le raton laveur
un père Noël
deux sœurs latines
trois dimensions
mille et une nuits
sept merveilles du monde quatre points cardinaux
1 2 3 4 heures précises douze apôtres
quarante-cinq ans de bons et loyaux services
deux ans de prison six ou sept péchés capitaux
trois mousquetaires
vingt mille lieues sous les mers
trente-deux positions
deux mille ans avant Jésus-Christ
cinq gouttes après chaque repas
quarante minutes d'entracte
une seconde d'inattention
et naturellement
le raton laveur
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mercredi, 15 juin 2005
Badr Châker As-Sayyâb

Voici des vers émouvant du poète Irakien Badr Châker As-Sayyâb , extraits du dernier poème qu’il a composé sur son lit d’hôpital. Ce fut un « cri de douleur, mais aussi une sorte de catharsis, une valeur symbolique conférée à l’aboutissement final : l’amour illuminant la Mort au matin ». Ce poème est traduit de l’Arabe par André Miquel.
Ah! que ne suis-je un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak,
et non pas ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle,
redoutant le jour à venir, sa menace d’exil, de faim!
tends-moi tes mains, Iqbâl, hors des ténèbres, hors du désert!
touche mes blessures, efface-les d’amour et de tendresse!
tu es ma pensée, et je n’y suis rien :
celui que tu aimais meurt en son matin,
le temps a replié le tapis de tes noces, quand la jeunesse illuminait.
Sayyâb, le Golfe et le Fleuve, poèmes traduits de l’arabe (Irak) et présentés par André Miquel, Edition Sindbad/Actes Sud, 95 pages.
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lundi, 13 juin 2005
Baudelaire

Comme promis, voici un autre poème de l'un de mes poètes préférés: il s'agit de "la Muse Malade" de Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
La Muse malade
Ma pauvre muse, hélas ! Qu'as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur, froides et taciturnes.
Le succube verdâtre et le rose lutin
T'ont-ils versé la peur et l'amour de leurs urnes ?
Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,
T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes ?
Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé
Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques
Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
Où règnent tour à tour le père des chansons,
Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.
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dimanche, 12 juin 2005
Mes poètes préférés
Je vais essayer d’insérer régulièrement des poèmes ou des extraits de nouvelles de mes poètes (ou écrivains) préférés, à savoir Baudelaire, Edgar Allan Poe, Rimbaud, Verlaine, Emily Dickinson…
Je commence aujourd’hui avec le grand E. A. Poe.
Dégustez cette merveille :

The Raven
Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary,
Over many a quaint and curious volume of forgotten lore--
While I nodded, nearly napping, suddenly there came a tapping,
As of some one gently rapping, rapping at my chamber door.
" 'Tis some visitor," I muttered, "tapping at my chamber door--
Only this and nothing more."
Ah, distinctly I remember it was in the bleak December,
And each separate dying ember wrought its ghost upon the floor.
Eagerly I wished the morrow; -- vainly I had sought to borrow
From my books surcease of sorrow-- sorrow for the lost Lenore--
For the rare and radiant maiden whom the angels name Lenore--
Nameless here for evermore.
And the silken sad uncertain rustling of each purple curtain
Thrilled me-- filled me with fantastic terrors never felt before;
So that now, to still the beating of my heart, I stood repeating:
" 'Tis some visitor entreating entrance at my chamber door--
Some late visitor entreating entrance at my chamber door;
This it is and nothing more."
Presently my soul grew stronger; hesitating then no longer,
"Sir," said I, "or Madam, truly your forgiveness I implore;
But the fact is I was napping, and so gently you came rapping,
And so faintly you came tapping, tapping at my chamber door,
That I scarce was sure I heard you"--here I opened wide the door;--
Darkness there and nothing more.
Deep into that darkness peering, long I stood there wondering, fearing,
Doubting, dreaming dreams no mortals ever dared to dream before;
But the silence was unbroken, and the stillness gave no token,
And the only word there spoken was the whispered word, "Lenore!"
This I whispered, and an echo murmured back the word, "Lenore!"--
Merely this and nothing more.
Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping something louder than before.
"Surely," said I, "surely that is something at my window lattice;
Let me see, then, what thereat is, and this mystery explore--
Let my heart be still a moment, and this mystery explore;--
'Tis the wind and nothing more.
Open here I flung the shutter, when, with many a flirt and flutter,
In there stepped a stately Raven of the saintly days of yore.
Not the least obeisance made he; not a minute stopped or stayed he,
But, with mien of lord or lady, perched above my chamber door--
Perched upon a bust of Pallas just above my chamber door--
Perched, and sat, and nothing more.
Then this ebony bird beguiling my sad fancy into smiling,
By the grave and stern decorum of the countenance it wore,
"Though thy crest be shorn and shaven, thou," I said, "art sure no craven,
Ghastly grim and ancient Raven wandering from the Nightly shore--
Tell me what thy lordly name is on the Night's Plutonian shore!"
Quoth the Raven, "Nevermore."
Much I marvelled this ungainly fowl to hear discourse so plainly,
Though its answer little meaning--little relevancy bore;
For we cannot help agreeing that no living human being
Ever yet blessed with seeing bird above his chamber door,
Bird or beast upon the sculptured bust above his chamber door,
With such a name as "Nevermore."
But the Raven, sitting lonely on that placid bust, spoke only
That one word, as if his soul in that one word he did outpour.
Nothing farther then he uttered; not a feather then he fluttered--
Till I scarcely more than muttered: "Other friends have flown before--
On the morrow he will leave me as my Hopes have flown before."
Then the bird said, "Nevermore."
Startled at the stillness broken by reply so aptly spoken,
"Doubtless," said I,"what it utters is its only stock and store,
Caught from some unhappy master whom unmerciful Disaster
Followed fast and followed faster till his songs one burden bore--
Till the dirges of his Hope that melancholy burden bore
Of 'Never--nevermore'"
But the Raven still beguiling all my sad soul into smiling,
Straight I wheeled a cushioned seat in front of bird and bust and door;
Then, upon the velvet sinking, I betook myself to linking
Fancy unto fancy, thinking what this ominous bird of yore--
What this grim, ungainly, ghastly, gaunt, and ominous bird of yore
Meant in croaking "Nevermore."
This I sat engaged in guessing, but no syllable expressing
To the fowl whose fiery eyes now burned into my bosom's core;
This and more I sat divining, with my head at ease reclining
On the cushion's velvet lining that the lamp-light gloated o'er,
But whose velvet violet lining with the lamp-light gloating o'er
She shall press, ah, nevermore!
Then, methougt, the air grew denser, perfumed from some unseen censer
Swung by Seraphim whose foot-falls tinkled on the tufted floor.
"Wretch,"I cried,"thy God hath lent thee--by these angels he hath sent thee
Respite--respite and nepenthe from they memories of Lenore!
Quaff, oh quaff this kind nepenthe and forget this lost Lenore!"
Quoth the Raven, "Nevermore."
"Prophet!" said I, "thing of evil!--prophet still, if bird or devil!--
Whether Tempter sent, or whether tempest tossed thee here ashore,
Desolate, yet all undaunted, on this desert land enchanted--
On this home by Horror haunted,-- tell me truly, I implore--
Is there-- is there balm in Gilead?--tell me--tell me, I implore!"
Quoth the Raven, "Nevermore."
"Prophet!" said I, "thing of evil!--prophet still, if bird or devil!
By that heaven that bends above us--by that God we both adore--
Tell this soul with sorrow laden if, within the distant Aidenn,
It shall clasp a sainted maiden whom the angels name Lenore--
Clasp a rare and radiant maiden whom the angels name Lenore."
Quoth the Raven, "Nevermore."
"Be that word our sign of parting, bird or fiend!" I shrieked, upstarting--
"Get thee back into the tempest and the Night's Plutonian shore!
Leave no black plume as token of that lie thy soul hath spoken!
Leave my loneliness unbroken! --quit the bust above my door!
Take thy beak from out my heart, and take thy form from off my door!"
Quoth the Raven, "Nevermore."
And the Raven, never flitting, still is sitting, still is sitting
On the pallid bust of Pallas just above my chamber door;
And the eyes have all the seeming of a demon's that is dreaming,
And the lamp-light o'er him streaming throws his shadow on the floor;
And my soul from out that shadow that lies floating on the floor
Shall be lifted--nevermore!
Edgar Allan Poe
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